Au travail, il est normal de s'entraider entre collègues. Un coup de main, un conseil, un accompagnement dans une démarche…
Mais que se passe-t-il lorsque l'aide devient insistante et que, malgré plusieurs refus, un agent continue à vouloir intervenir dans la vie privée d'une collègue ?
Une récente décision du Tribunal administratif de Poitiers rappelle que la frontière entre une aide bienvenue et un comportement intrusif ne doit pas être franchie.
👀 UNE « AIDE » QUI DEVIENT TROP INSISTANTE
Dans cette affaire, un fonctionnaire de l'État a fait l'objet d'une exclusion temporaire de fonctions de trois jours en raison de son comportement à l'égard d'une de ses collègues.
Il lui était notamment reproché d'avoir insisté, malgré ses refus répétés, pour lui rendre des services qu'elle n'avait pas sollicités et qui concernaient directement sa vie privée.
Plusieurs faits ont été relevés.
📱 Une proposition… puis une présence non sollicitée
Après avoir appris que sa collègue devait se rendre à une consultation médicale, l'agent lui avait envoyé un message sur sa messagerie personnelle pour lui proposer de la raccompagner chez elle.
Sa collègue n'avait pas sollicité cette aide.
Mais l'affaire ne s'est pas arrêtée là : l'agent s'est ensuite présenté au cabinet médical pour l'attendre.
➡️ Une initiative qui, là encore, n'avait pas été demandée.
🎒 MÊME LA VIE FAMILIALE N'A PAS ÉTÉ ÉPARGNÉE
L'agent avait également pris l'initiative de solliciter la fille d'une amie afin qu'elle puisse prendre en charge la fille de sa collègue, qui faisait sa rentrée dans le même collège.
Là encore, sa collègue n'avait rien demandé.
Enfin, il lui était également reproché d'avoir insisté pour l'aider à utiliser son compte personnel de formation, malgré plusieurs refus de sa part.
🛑 UN « NON » DOIT ÊTRE ENTENDU
C'est sans doute l'enseignement principal de cette décision.
L'agent faisait valoir pour sa défense que sa collègue lui avait déjà demandé de l'aide par le passé, notamment à l'occasion de son déménagement.
Mais pour le juge, cette circonstance ne lui donnait pas pour autant le droit de s'immiscer ensuite dans sa vie privée ou de lui imposer son aide.
Avoir accepté une aide un jour ne signifie pas donner carte blanche pour l'avenir.
Et surtout : Quand un collègue dit non, il faut respecter son choix.
⚖️ LE JUGE CONFIRME LA SANCTION
Le Tribunal administratif de Poitiers a considéré que le comportement de l'agent justifiait une sanction disciplinaire.
L'exclusion temporaire de fonctions de trois jours a donc été confirmée.
Cette décision rappelle que le comportement d'un agent public ne se limite pas uniquement à l'exécution de ses missions.
Les relations professionnelles doivent également respecter certaines limites, notamment :
- le respect des collègues ;
- le respect de leur vie privée ;
- le respect de leurs choix ;
- et la prise en compte de leurs refus.
🤝 L'ENTRAIDE ENTRE COLLÈGUES : UNE BONNE CHOSE… À CONDITION QU'ELLE SOIT SOUHAITÉE !
À la CFDT, nous défendons évidemment la solidarité et l'entraide entre collègues.
Dans les services, il est important de pouvoir compter les uns sur les autres.
Mais l'entraide ne doit jamais devenir :
❌ de l'insistance ;
❌ de la surveillance ;
❌ une intrusion dans la vie personnelle ;
❌ une présence imposée ;
❌ ou une aide que l'autre personne a clairement refusée.
Proposer son aide : OUI. Insister après plusieurs refus : NON.
✊ LE MESSAGE DE LA CFDT
Le respect au travail, ce n'est pas seulement éviter les insultes ou les comportements agressifs.
C'est aussi savoir respecter les limites fixées par les autres.
Chacun a droit à sa vie privée, à son espace personnel et à la tranquillité.
🟠 CFDT INTERCO – VILLE DE BESANÇON
À vos côtés au quotidien, pour défendre des relations de travail respectueuses et un service public humain.
Référence : Tribunal administratif de Poitiers, 13 mai 2026, req. n° 2400920.
Annie FRANCOIS pour le syndicat CFDT INTERCO Section Besançon Ville-CCAS-GBM
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