Draguer un collègue ne justifie pas la suspension d’un agent public

Publié le 16 janvier 2026 à 15:25

La CFDT Interco souhaite informer les agents d’une décision de justice récente qui rappelle un principe essentiel de la fonction publique territoriale : un comportement inapproprié ne conduit pas automatiquement à une sanction lourde, et notamment pas à une suspension de fonctions.

🔎 Les faits

Un adjoint technique territorial, exerçant des fonctions de gardien, a fait l’objet d’un signalement par un autre agent présent sur son lieu de travail dans le cadre d’une formation.

Selon ce témoignage, l’agent aurait :

  • tenu des propos ambigus (« je te plais, tu me plais, on se plaît »),

  • insisté pour obtenir des informations personnelles et professionnelles,

  • demandé à plusieurs reprises à revoir l’agent,

  • interrogé sur le fait de s’être déjà « fait draguer par un homme »,

  • invité l’agent à le rejoindre dans un couloir sans issue.

À la suite de ce signalement, l’autorité territoriale a décidé de suspendre l’agent de ses fonctions.

🏛️ Ce qu’a jugé le tribunal

Dans un jugement du 13 novembre 2025 (TA de Melun, req. n°2303082), le tribunal administratif a apporté une précision importante.

Les juges reconnaissent que :

  • le signalement était précis et circonstancié,

  • l’agent plaignant était bien présent sur le site au moment des faits,

  • l’autorité territoriale pouvait donc considérer les faits comme vraisemblables.

👉 Mais le tribunal estime que ces faits ne présentent pas une gravité suffisante pour justifier une suspension de fonctions, mesure exceptionnelle réservée aux situations les plus graves.

📌 Ce que dit le droit

La suspension est une mesure conservatoire grave. Elle ne peut être décidée que si :

  • les faits reprochés sont d’une gravité particulière,

  • le maintien de l’agent en fonctions porte atteinte au service, aux usagers ou aux agents.

Le droit disciplinaire repose sur un principe fondamental : la proportionnalité entre les faits et la mesure prise.

✊ La position de la CFDT Interco

La CFDT Interco rappelle :

  • que les propos déplacés ou insistants n’ont pas leur place au travail,

  • que les agents doivent pouvoir signaler toute situation de malaise.

Mais nous affirmons aussi que :

  • la précipitation ne fait pas le droit,

  • une sanction doit toujours être proportionnée, motivée et juridiquement fondée,

  • la suspension ne doit pas devenir une réponse automatique à un signalement.

 

Annie FRANCOIS pour le syndicat CFDT INTERCO Section Besançon Ville-CCAS-GBM

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