Les réseaux sociaux font désormais partie du quotidien de nombreux agents publics. Mais peut-on « liker » une publication sans risque ? Ce simple geste peut-il être considéré comme un manquement au devoir de réserve ?
Le Tribunal administratif de Rennes, dans un jugement du 22 mai 2026, apporte des réponses importantes.
⚖️ Les faits
Une ingénieure territoriale stagiaire, exerçant les fonctions de directrice des services techniques, avait indiqué « J'aime » sur une publication LinkedIn affirmant :
« Recruter c'est bien, garder ses salariés c'est mieux. Il faut juste les respecter, les écouter et les payer à la hauteur du travail fourni ! »
Son nom, son prénom et ses fonctions dans la commune apparaissaient sur son profil LinkedIn.
Son employeur a considéré que cette appréciation constituait un manquement à son obligation de réserve et l'a notamment prise en compte pour prononcer une exclusion temporaire de fonctions de trois jours.
La publication pouvait-elle figurer dans son dossier administratif ?
Oui.
Le tribunal rappelle que lorsqu'une procédure disciplinaire est engagée, le dossier administratif de l'agent doit contenir toutes les pièces sur lesquelles l'administration fonde sa décision.
La publication LinkedIn pouvait donc légalement être versée au dossier.
Les juges précisent également que cette démarche ne constitue pas un traitement illégal de données personnelles.
Le "J'aime" constitue-t-il un manquement au devoir de réserve ?
Non.
C'est le principal enseignement de cette décision.
Les juges estiment qu'un simple « J'aime » sur cette publication :
✅ ne critiquait pas directement la commune ;
✅ ne mettait pas en cause, même implicitement, la gestion des ressources humaines de la collectivité ;
✅ n'était pas de nature à porter atteinte à l'image du service public.
➡️ Un simple "like" ne suffit donc pas, à lui seul, à caractériser un manquement au devoir de réserve.
⚠️ Attention : un commentaire n'est pas un "J'aime"
Le tribunal laisse toutefois entendre que la solution aurait pu être différente si l'agent avait :
❌ publié un commentaire critique ;
❌ attaqué directement sa collectivité ou ses responsables ;
❌ tenu des propos susceptibles de nuire à l'image du service public.
Le devoir de réserve continue donc de s'appliquer sur les réseaux sociaux, en particulier lorsque l'agent est identifiable par son nom et ses fonctions.
💡 Ce qu'il faut retenir
✔️ Un simple « J'aime » sur LinkedIn n'est pas automatiquement fautif.
✔️ Les agents publics conservent leur liberté d'expression, mais celle-ci doit rester compatible avec leurs obligations professionnelles.
✔️ Plus les fonctions exercées comportent des responsabilités importantes, plus le devoir de réserve est apprécié avec rigueur.
✔️ Avant de publier, commenter ou partager un contenu concernant votre employeur, prenez toujours le temps d'en mesurer les conséquences.
🤝 Le conseil de la CFDT INTERCO
Les réseaux sociaux sont devenus un véritable espace d'expression, mais aussi un terrain où les procédures disciplinaires se multiplient.
Avant toute publication susceptible de concerner votre employeur ou vos conditions de travail :
➡️ réfléchissez aux conséquences de votre message ;
➡️ privilégiez les échanges avec vos représentants syndicaux ;
➡️ en cas de procédure disciplinaire, faites-vous accompagner.
La CFDT INTERCO Section Besançon Ville – CCAS – GBM est à vos côtés pour vous informer, défendre vos droits et vous accompagner dans toutes vos démarches.
✅ À retenir
👍 Un "J'aime" sur LinkedIn n'est pas, en lui-même, une faute disciplinaire.
En revanche, les commentaires, prises de position publiques ou publications mettant directement en cause votre collectivité peuvent engager votre responsabilité disciplinaire.
La liberté d'expression existe… mais elle s'exerce dans le respect des obligations du fonctionnaire.
📚 Référence juridique :
Tribunal administratif de Rennes, 22 mai 2026, n° 2303156.
Annie FRANCOIS pour le syndicat CFDT INTERCO Section Besançon Ville-CCAS-GBM
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