Tous concernés !
Peut-on exprimer son désaccord au travail ? Oui, bien évidemment.
Peut-on contester une organisation, faire part de ses difficultés ou ne pas être d’accord avec sa hiérarchie ? Oui, là encore.
Mais attention : la liberté d’expression professionnelle ne permet pas tout.
Un jugement récent du Tribunal administratif de Paris du 26 février 2026 vient de rappeler une règle importante pour tous les agents publics : la courtoisie et le respect dans les relations de travail constituent une obligation professionnelle.
👩⚖️ Les faits
Un adjoint d’animation contractuel de la Ville de Paris, exerçant dans une école maternelle, avait fait l’objet d’un blâme.
Il lui était notamment reproché, lors d’une réunion de travail, d’avoir tenu des propos irrespectueux envers une agente spécialisée des écoles maternelles et d’avoir adopté une attitude manifestant ostensiblement son refus d’écouter cette agente ainsi que sa supérieure hiérarchique.
L’agent contestait la sanction. Il estimait notamment qu’aucun texte ne lui imposait une obligation spécifique de courtoisie envers ses collègues et qu’il avait simplement exprimé son désaccord sur l’organisation du travail.
Le tribunal n’a pas retenu cet argument.
⚠️ Le rappel important du juge
Le tribunal considère que le comportement irrespectueux envers des collègues ou un supérieur hiérarchique constitue un manquement à l’obligation de courtoisie dans les relations professionnelles.
Et surtout, le juge rappelle que cette obligation s’impose à tout agent public, même lorsqu'elle n'est pas expressément mentionnée dans un texte particulier applicable à son métier.
Autrement dit :
On peut ne pas être d’accord. On peut contester. On peut interpeller sa hiérarchie. Mais on doit le faire dans le respect des personnes.
Le fait qu’une réunion porte sur une organisation du travail que l’agent souhaite critiquer ne l’autorise donc pas à adopter un ton ou une attitude irrespectueuse envers ses collègues ou sa hiérarchie.
📌 Et pour les agents de la Ville de Besançon ?
Cette décision est importante car elle concerne un principe général des relations professionnelles dans la fonction publique.
Elle peut donc intéresser l’ensemble des agents territoriaux : agents administratifs, techniques, sociaux, éducatifs, animateurs, ATSEM, agents des écoles, personnels des services, encadrants…
Le Code général de la fonction publique prévoit que toute faute commise par un fonctionnaire dans l’exercice ou à l’occasion de ses fonctions peut exposer celui-ci à une sanction disciplinaire. Cette règle s’applique également aux agents contractuels.
🗣️ Être en désaccord n'est pas une faute !
La CFDT tient à faire une distinction essentielle.
Exprimer un désaccord avec une décision, une organisation ou une consigne n'est pas, en soi, un comportement fautif.
Un agent peut parfaitement :
- poser des questions ;
- contester une organisation du travail ;
- signaler une difficulté ;
- demander des explications ;
- alerter sur ses conditions de travail ;
- faire remonter un problème de sécurité ou de santé ;
- défendre ses droits ;
- solliciter ses représentants du personnel ;
- exprimer une opinion différente de celle de sa hiérarchie.
Le désaccord fait partie de la vie professionnelle.
Ce qui peut devenir fautif, c’est la manière dont ce désaccord est exprimé : propos insultants ou agressifs, attitude ouvertement méprisante, refus ostensible d’écouter ou comportements irrespectueux répétés.
🤝 Le respect doit fonctionner dans les deux sens
Pour la CFDT, cette jurisprudence ne doit surtout pas être comprise comme une invitation à demander aux agents de « se taire et d'obéir ».
Le respect est une exigence réciproque.
Les agents doivent respecter leurs collègues, leurs responsables et les usagers.
Mais l’administration et l’encadrement doivent également respecter les agents, leur dignité, leurs droits et leurs conditions de travail.
Un management respectueux, une écoute réelle des difficultés et un dialogue professionnel de qualité sont indispensables pour prévenir les conflits.
D’ailleurs, le tribunal a bien relevé que l’agent invoquait des conditions de travail difficiles. Mais, dans cette affaire, cette circonstance n’a pas suffi à rendre le blâme disproportionné au regard des comportements qui lui étaient reprochés.
🚨 À retenir
❌ Insulter, humilier, mépriser ou adopter volontairement une attitude irrespectueuse envers un collègue ou un supérieur peut constituer une faute disciplinaire.
✅ Questionner, contester, alerter et défendre ses droits restent parfaitement possibles, à condition de le faire dans un cadre professionnel et respectueux.
✊ La position de la CFDT
À la CFDT, nous défendons un principe simple :
Le respect ne doit jamais être à sens unique.
Nous sommes là pour permettre aux agents de faire entendre leur voix, exprimer leurs désaccords et défendre leurs droits, sans que cela ne puisse être assimilé automatiquement à un manquement professionnel.
Mais nous rappelons également que la forme compte : un désaccord peut être ferme, argumenté et revendicatif sans devenir irrespectueux.
Dire NON n'est pas une faute.
Mais manquer de respect à un collègue ou à sa hiérarchie peut, lui, avoir des conséquences disciplinaires.
👉 En cas de reproche, de convocation ou de procédure disciplinaire, ne restez pas seul. Contactez vos représentants CFDT INTERCO.
Annie FRANCOIS pour le syndicat CFDT INTERCO Section Besançon Ville-CCAS-GBM
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